
A 45 ans, Nicolas DUPONT-AIGNAN a déjà beaucoup sillonné les sentiers de la République. Ses chemins de traverses aussi : élu local et national sans discontinuer depuis 1995, réélu dans tous ses mandats dès le premier tour, il cultive l’exigence du concret et du terrain au contact de ses concitoyens, tout en travaillant avec persévérance au réveil d’authentiques idées gaullistes dans la vie politique française.
Dévouée à l’intérêt général et national, sa démarche de conviction, de sincérité et de franchise lui a rapidement valu la réputation de franc-tireur de la majorité. Une raison supplémentaire pour plaider, loin des coteries et de la langue de bois, les mesures qui lui paraissent indispensables au sursaut tant attendu de notre pays.



La chasse durable, partie prenante du développement durableL’une de mes priorités est de valoriser un atout essentiel de notre pays, qui est trop souvent négligé : ses territoires.
Après le grand bond de la modernisation des années 1960, rendu possible par l’ambitieuse politique d’aménagement du territoire portée par de Gaulle, on est progressivement tombé dans l’oubli de nos campagnes. L’enjeu des 20 prochaines années est de parvenir à une politique d’équilibre des territoires, c’est-à-dire à leur redynamisation mais sans les excès du passé. Pour moi, les chasseurs ont un rôle clé à y jouer.
Mais cela implique de remplir trois conditions préalables :
Réconcilier écologie raisonnable et chasse responsable.
Renationaliser la réglementation européenne sur la chasse.
Assurer une vitalité nouvelle au monde rural.
I Ecologie raisonnable et chasse responsable, même combat :
Depuis trop longtemps, chasseurs et militants écologistes s’affrontent sur fond de directives européennes contestées. L’impératif du développement durable est l’occasion historique de les réconcilier, en laissant de côté de part et d’autre les discours radicaux.
J’ai signé le « Pacte écologique » de Nicolas HULOT , j’assume pleinement cet engagement car je sais qu’il est totalement compatible avec une vision d’ensemble de la ruralité où la chasse trouve toute sa place.
Je refuse en effet l’écologie dogmatique ou de sensiblerie, l’écologie de ceux qui ne connaissent pas nos campagnes ni ses habitants. Pour moi, l’écologie a vocation à avancer main dans la main avec des traditions locales comme la chasse : en effet, l’une et l’autre visent à la préservation et à la mise en valeur des écosystèmes, où l’Homme trouve sa place dans le respect d’une nature qu’il doit gérer de manière dynamique, préserver et entretenir pour les générations futures.
C’est pourquoi, je fais miennes les mesures défendues dans le questionnaire de la Fédération Nationale des Chasseurs, auquel j’apporterai très bientôt des réponses précises, n’ayant pas eu le temps de le faire depuis vendredi dernier.
Je reconnais bien sûr la chasse comme facteur de régulation des espèces. Il faut protéger là où il y a déficit, il faut prélever là où il y a abondance. Seuls les habitants d’un territoire, ceux qui y vivent, y travaillent ou s’y promènent régulièrement, sont vraiment capables de piloter sa gestion cynégétique. Cette compétence doit être reconnue, sous l’arbitrage du représentant de l’Etat, qui représente l’intérêt général et la République.
Il va de soi que, pour ce faire, il est indispensable de disposer d’informations précises sur la faune. Il est à cet égard très dommage, notamment pour la connaissance des oiseaux migrateurs, que l’Etat se prive de l’expertise d’outils tels que l’Observatoire national scientifique, auquel je souhaite, pour ma part, faire jouer tout son rôle..
Il faudra aussi savoir décréter une pause réglementaire et législative car, là comme ailleurs, avant de voter de nouvelles lois il est indispensable d’appliquer les lois existantes, de les évaluer et au besoin de les corriger.
Mais, pour y réussir, il faut bien évidemment au préalable renationaliser les réglementations bruxelloises sur la chasse.
II Une condition préalable pour inventer le développement durable à la française : la renationalisation de certaines normes environnementales, dont celles qui touchent aux pratiques de chasse :
Dans bien des domaines, à cause de la passivité ou de la complaisance des gouvernements, l’Union Européenne s’est progressivement attribuée des pouvoirs exorbitants où elle prétend régenter et uniformiser au mépris du principe fondamental qui est censé la régir : la subsidiarité, c’est-à-dire l’exercice du pouvoir de décision là où il est le plus approprié, ce qui doit en toute raison conduire à sa restitution au niveau national et local.
Monnaie, concurrence, libre échange, OGM, PAC,… mais aussi la chasse ! L’UE est devenue folle en confisquant le pouvoir, en le mettant hors de portée de la volonté du peuple exprimée par le suffrage universel. En pratiquant une subsidiarité réelle, on démocratisera la chasse, c’est-à-dire qu’on la soumettra à nouveau à la décision des citoyens, qu’on la soustraira au pouvoir aveugle des bureaucrates bruxellois.
Il faut sortir du carcan européen la gestion environnementale et cynégétique de nos espaces naturels et territoires ruraux, pour mettre en place au niveau de chaque département des instances ouvertes à tous les praticiens de la nature, notamment chargées, sous la direction des Préfets, de gérer et réguler la faune, comme de fixer les dates de chasse.
Ainsi, il importe comme le préconise la FNC de :
Réaffirmer comme une grande conquête démocratique héritée de 1789 le droit de chasser ;
renationaliser les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse, notamment celles pour le gibier d’eau ;
renationaliser toutes les règles qui prétendent interdire depuis Bruxelles telle ou telle pratique de chasse, afin de préserver la diversité de la chasse en France qui en fait la richesse ;
Renoncer à toute mesure autoritaire et uniforme de partage temporel de l’accès à la nature pour préférer la concertation et des aménagements locaux ;
Privilégier une gestion locale de la régulation des espèces avec des objectifs mobilisateurs plutôt que par la contrainte, même si celle-ci doit être maintenue avec des aménagements lorsque c’est possible.
Cette gestion nouvelle de la chasse, dépassionnée, démocratisée et partagée, a pleinement vocation à s’inscrire dans un nouveau modèle rural où la nécessaire revitalisation de nos campagnes s’articule pleinement avec l’impératif du développement durable.
III Pour un nouveau monde rural où la chasse joue tout son rôle :
Pour que la chasse vive, il faut bien sûr des chasseurs, mais il faut aussi des territoires ruraux dynamiques et confiants dans leur avenir. En effet, la chasse fait partie d’un univers qui la dépasse, dont la revitalisation est la condition de son propre avenir.
Le nouveau monde rural que je veux voir se développer dans notre pays a besoin d’une agriculture forte, d’un tissu économique et social densifié et de collectivités locales débarrassées de leurs entraves administratives.
Il est bien évident que l’agriculture est le socle d’une ruralité vivante : sans les agriculteurs et la valorisation des terres, nous n’aurions plus de campagnes, mais serions environnées de terres sauvages. Il est indispensable de rendre un avenir à nos agriculteurs, une perspective, qui pour l’instant hélas se résume à la mort lente inscrite dans l’abandon de la PAC.
Il ne s’agit pas pour autant de rejouer la politique de modernisation des années 60, avec ses excès nuisibles à l’environnement. Au contraire, il faut concilier dynamisme des exploitations et une réelle prise en compte de la préservation des milieux naturels. La FNC, à cet égard, à une carte à jouer pour encourager l’agriculture française à reconstituer ses paysages (par exemple les haies vives) ou à modérer l’usage d’engrais chimiques qui abîment la faune.
Plusieurs mesures s’imposent pour inventer cette agriculture française durable :
Décréter une exception agricole sur le modèle de l’exception culturelle et réaffirmer à l’échelle européenne l’objectif de la préférence communautaire et de l’autosuffisance alimentaire (dénonciation du mauvais accord de Washington qui nous oblige à importer des productions que nous pourrions assurer nous-mêmes).
Réorienter en profondeur la PAC en dénonçant le mauvais accord de 2003 qui conduit à son démantèlement et a introduit l’absurde « découplage ».
Réorienter la PAC vers les productions de qualité et éco-compatibles.
Développer les productions agricoles nouvelles : biocarburants, cultures à usage non-alimentaire,…
Encourager davantage l’installation de jeunes agriculteurs.
Réactiver le rôle des SAFER pour maîtriser davantage la gestion des terres cultivables.
Développer la politique des labels et organiser les producteurs agricoles face à la grande distribution.
Une agriculture renforcée est nécessaire mais ne suffit pas. Il faut aussi favoriser l’artisanat et le commerce, à même de maintenir les populations rurales dans les campagnes. Bien entendu, dans ce domaine, le rôle économique de la chasse n’est pas à négliger et doit être conforté.
Plusieurs mesures s’imposent :
maintenir des services publics nationaux (EDF, SNCF) et, autant que possible, des services publics de proximité dans les communes rurales (La Poste), mais surtout les écoles.
Soutenir les entreprises dans les territoires ruraux avec des aides spécifiques.
Permettre aux habitants de se loger par un système d’aides et des mesures réglementaires adaptées.
Favoriser un tourisme vert qui laisse sa place à tous les usagers de la nature, avec un réel souci du respect des milieux naturels.
Accélérer la couverture en nouvelles technologies (téléphonie mobile, internet) de l’ensemble du territoire.
Enfin, la vitalité des territoires ruraux dépend du dynamisme des communes, auxquelles il faut donner les moyens dont elles ont besoin, tout en les débarrassant d’une tutelle intercommunale parfois excessive.
Cela passe notamment par :
la possibilité offerte aux communes de sortir de cadres intercommunaux lorsque leur liberté est bafouée.
La revalorisation du traitement des maires ruraux et la création d’un statut de l’élu à même de susciter des vocations nouvelles.
La mise à disposition des maires d’outils juridiques et administratifs adaptés pour qu’ils puissent faire face à leurs nouvelles missions et se défendre contre la judiciarisation grandissante dans les relations avec leurs administrés.
Une réforme de la taxe professionnelle pour que les ressources soient plus équitablement réparties entre communes riches et moins riches.
C’est dans des territoires ruraux redynamisés et forts de perspectives nouvelles que la chasse et les chasseurs trouveront toute leur place et tout leur avenir.
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